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EDITION: France | 23-09-2018

La fusion des civilisations: une bonne raison pour être optimiste?

Les deux auteurs de cet article paru dans la revue américaine Foreign Affairs, Kishore Mahbubani et Lawrence H. Summers commencent par affirmer que les 30 dernières années de l’histoire de l’humanité ont probablement été les plus heureuses de toutes. Comment donc expliquer ce sentiment dépressif que l’on constate dans un nombre de plus en plus grand de région du globe? Les auteurs pensent que contrairement à ce que décrit Samuel Huntington dans le Choc des Civilisations, on assiste non pas à une guerre des civilisations mais une fusion de ces mêmes civilisations qui devrait nous rendre tous optimiste.

Lawrence Henry Summers est un ancien président de l’université d’Harvard, et aussi l’ex président du White House's National Economic Council de Barack Obama. Il nous offre ici une idée séduisante, d’autant plus séduisante qu’elle permet é tout dirigeant politique d’éviter de regarder en face les problèmes difficiles.  Summers affirme que de plus en plus l’ensemble des sociétiés des différentes civilisations aspirent à un bonheur proche de celui désiré par les classes moyennes occidentales. Les civilisations ne sont pas en guerre mais bien au contraire elles partagent des valeurs de plus en plus communes, y compris dans le monde musulman.  D’après les études de l’ONU les classes moyennes devraient passer de 1.8 milliards de personnes en  2009 à 3.2 milliards en 2020 and 4.9 milliards en 2030. De même le taux de mortalité infantile a diminué de moitié entre 1990 et 2015, des progrès spectaculaires, soulignés par Bill Gates. L’évolution du monde musulman est lui aussi révélateur de ces progrès et de la modernisation de ces sociétés. L’auteur prend comme exemple la modernisation architecturale de villes de Malaisie et des émirats. Il cite aussi la progression spectaculaire des femmes musulmanes qui font des études supérieures. L’exemple de la Malaisie est impressionnant, même si ce pays est encore bâti sur la division raciale de ses citoyens et sur la prédominance de la Charia.
Mais pour beaucoup elle paraitra simpliste, sous évaluant le facteur temps et les difficultés de civilisations et des systèmes sociaux de se transformer sans s’écrouler ou tomber dans la violence extrême quand ces mêmes changements sont vus par une majorité des populations concernées comme une menace vitale pour des systèmes qui ont mis des siècles, voir des millénaires é se constituer. Il suffit d’ailleurs de constater que pour près de deux milliards d’habitants l’éducation est d’abord religieuse et fait bien peu de place aux sciences du réel. Comment s’étonner des conclusions de nombreuses études qui démontrent que les théories du complot et la recherche de boucs-émissaires progressent à grande vitesse dans de nombreuses régions du monde. L’accroissement de la pression démographique a la plupart du temps pour conséquence d’accentuer les conflits. Le Nigéria, le Pakistan et même la Syrie sont de bonne illustration du fait qu’une vision angélique des conflits civilisationnelles est bien peu réaliste.

Elle sous entendent aussi une idée très américaine, que le système de la démocratie américaine est ce à quoi devrait tendre toute autre civilisation. Il suffit de regarder les dernières statistiques, par exemple l’augmentation de 40% du taux de mortalité des femmes américaines de race blanche (augmentation causée en grande partie par le mal de vivre, le suicide ou l’abus de drogue), ou bien de suivre les débats de la campagne présidentielle et ceux que soulèvent la victoire du Président Trump, pour voir qu’à l’évidence le modèle idéalisé tourne plutôt au cauchemar.

 

Source: Foreign Affairs
Date Publication: 20/Apr/2016

Référence >>>>>

Kishore Mahbubani

(né en 1948) est un ancien diplomate de Singapour. Il est aujourd’hui professeur d'université. Son épouse est américaine.

Bibliographie

Lawrence H. Summers

Biographie

Lawrence Summers et le New york Times